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La vie rurale,
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Textes divers
 La vie des campagnes
La vie des campagnes
préparation du repasLe soleil poind à peine. Il est 5 heures 30 ou peut-être 6 heures du matin. Dans chaque famille du village, c'est une nouvelle journée qui commence. Les femmes sont toujours les premières à s'activer pour préparer le petit déjeuner : du riz accompagné de légumes habituellement, parfois un peu de viande de porc, plus souvent du poisson... et puis, de la soupe d'oeufs de fourmis comme dessert avec leurs rouges cousines adultes en garniture. Il faut aussi prévoir la part du bonze. Les moines du wat (temple bouddhiste) viendront bientôt quérir leur nourriture pour la journée, comme chaque matin.

distribution du repas aux moinesLes hommes éprouvent plus de difficultés à sortir des bras de Morphée. Certains sont à peine dégrisés de la veille. Mais ils vaqueront à leurs occupations quotidiennes à leur rythme eux aussi.

enfantLes enfants revêtent leur uniforme immaculé pour se rendre à l'école communale, leur petit cartable sous le bras. Aucun d'entre eux ne sait encore s'il pourra s'offrir le luxe de poursuivre des études en secondaire. Beaucoup de gamins n'assistent même pas aux cours du primaire, car leurs parents ne disposent pas de l'argent nécessaire à l'achat des tenues et fournitures scolaires. D'autres petits sont malades ; ils toussent, ont mal au ventre, et celui-là a des poux.

marchéDans les campagnes thaïes, on reste paysan. Mais quelques audacieux décident un jour de partir pour une grande ville de province, à la capitale ou ailleurs, pour y tenter leur chance. Destin incertain. Personne n'est assez stupide pour croire que quitter sa campagne, c'est la fortune assurée. Et pourtant, il faut essayer. Il est du devoir des enfants dès qu'ils en sont capables, d'aider à subvenir aux besoins de la famille. Ils sont l'assurance-vie et la retraite de leurs aînés, comme la grande soeur qui revient de Bangkok ou de Pattaya deux ou trois fois par an à l'occasion des principales fêtes bouddhiques avec de l'argent et des cadeaux pour toute la famille... et peut-être un jour hélas, une terrible maladie. Mais « C'est une très bonne fille ! », disent les mamies. Peu importe comment elle a gagné cet argent. Elle est riche désormais – selon les standards locaux - et pourvoie largement aux dépenses toujours plus nombreuses des siens.

tissageIl faut rembourser les emprunts, payer les mensualités du pick-up acheté d'occasion, de la mobylette ou du motoculteur. Elle aide de son mieux la cousine qui voudrait ouvrir son salon de coiffure ou l'oncle qui souhaiterait acquérir une jeune génisse pour accroître son petit troupeau.

Le frère, lui, est chauffeur de taxi à Bangkok, ou de poids-lourd, ou travaille sur les chantiers. Mais lui n'envoie pas d'argent. C'est un garçon, alors, c'est normal ici !

rizièreLe paysan thaï est-il malheureux ? Du tout. La nature lui apporte l'indispensable. Le poisson des rivières ou des bassins, les grenouilles qu'on part chasser la nuit tombée à la lampe-torche et les souris qu'on piège et dont on mangera la viande grillée avec du riz gluant. D'ailleurs, le cycle du riz rythme la vie des ruraux. Labourage des champs, plantation, irrigation, repiquage, moissonnage, séchage et battage : autant de tâches qui mobilisent généralement la famille tout entière. Mieux vaut ne pas souffrir de rhumatisme ! La terre est basse et les rizières humides, mais on a le sourire et le sentiment d'accomplir le travail le plus utile qui soit. En Thaïlande, le peuple « mange du riz » quand il se nourrit... même – mais c'est rare – quand il n'y en a pas au menu ! C'est en effet cette expression qui est utilisée en langue thaïlandaise la plupart du temps au moment des repas.

pêcheurMais la journée bientôt s'achève. La nuit tombe vite à cette latitude. Les pannes de courant sont fréquentes. L'habitation est modeste ; les portraits de la famille royale ornent les murs, aucun mobilier à l'intérieur ou presque. On dort et on mange par terre, sur une natte. Les insectes envahissent la paillote après la pluie. Le ventilateur est cassé, mais la télévision – un modèle d'une grande marque - est flambant neuve, acquise à crédit évidemment. Deux fois par mois, on se rassemble autour du poste pour assister au tirage des numéros de la loterie nationale. Et puis, entre deux coupures d'électricité, il y a aussi les feuilletons quotidiens, qui se déroulent presque toujours au sein de la haute société thaïlandaise, et qui font rêver. Belles villas, somptueuses limousines, jeunesse dorée... Histoires d'amour et conflits interprétés par les superstars de Bangkok.

crépusculeEt puisqu'on ne pourra jamais s'offrir cette vie par le travail, on parie, on joue le peu que l'on a aux différentes formes de loterie, officielles et clandestines, sans penser aux probabilités et en oubliant joyeusement que le Bouddhisme, la religion largement majoritaire ici, condamne les jeux d'argent. C'est "sanouk" (amusant, plaisant) et si l'on perd, « maï pen raï » (ça ne fait rien !).

Eh, oui, la bonne humeur est encore là, toujours là à la fin, quelles que soient les circonstances. Les éventuels règlements de compte et querelles avec le voisinage ou la famille, c'était ce matin, au petit marché du coin, il y a une éternité ! Le soir venu, c'est déjà du passé. Et demain est un autre jour...
 
 
Dernière mise à jour : 4 mars 2007
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